Question du Dr Joëlle MÉLIN

Au début des années 2000, un ingénieur chimiste mexicain a mis au point un procédé qui permet de mettre en place un système d’irrigation à partir d’eau solide sous la forme d’une gelée. Cette prouesse technologique qui pourrait révolutionner l’agriculture européenne permet d’espacer les arrosages et de réduire la dépendance des agricultures vis-à-vis des facteurs climatiques. En effet, cette invention permet à des billes de polyacrylate de potassium d’agglomérer jusqu’à 300 fois leur poids en eau et de former ainsi un gel autour de la graine et des racines lorsque ces billes sont placées dans le sol agricole. Les plantations ne nécessitent alors plus qu’un arrosage toutes les trois semaines, contre un par jour dans les pays chauds. En effet, les molécules d’eau se retrouvent piégées dans ce réservoir artificiel qui limite l’évaporation et l’infiltration, ce qui permet aux agriculteurs d’économiser jusqu’à 90 % des coûts d’irrigation.

L’utilisation de ce procédé n’étant pas autorisée pour les cultures alimentaires, nous souhaitons savoir si la Commission compte financer des programmes de recherche sur l’eau solide et ses applications, notamment dans l’agriculture, mais également dans la lutte contre les feux de forêt ou encore celle contre les inondations.

Réponse donnée par par M. Wojciechowski au nom de la Commission

Le système d’irrigation à partir d’eau solide sous forme de gelée apparaît comme une solution très prometteuse pour l’agriculture européenne, en particulier dans les pays où les ressources hydriques pour l’agriculture sont limitées. Le programme-cadre de l’UE pour la recherche et l’innovation a régulièrement des appels à propositions pour des domaines précis tels que l’irrigation, l’utilisation de l’eau, etc. Ces appels ne font généralement pas référence à une technologie spécifique, mais offrent un large champ d’application à des solutions différentes répondant à des défis spécifiques et générant les effets escomptés tels que décrits dans le texte de l’appel, comme notamment les économies d’eau; aussi incombe-t-il aux proposants et aux experts évaluateurs externes d’évaluer la pertinence des technologies proposées pour obtenir les résultats escomptés dans les délais impartis.

Jusqu’à présent, aucun projet n’a été financé dans le cadre du programme de recherche et d’innovation de l’UE sur les eaux solides et ses applications potentielles.

Néanmoins, ce type de solution pourrait être soutenu dans les prochains appels qui seront lancés au titre du programme-cadre actuel «Horizon 2020» ou de son successeur «Horizon Europe», notamment, dans le cadre du programme Horizon Europe, pôle 6, domaine d’intervention 3 «Bioéconomie, alimentation, ressources naturelles, agriculture et environnement», où il pourrait s’appliquer à des actions visant à améliorer la gestion de l’eau.

MON COMMENTAIRE SUITE A LA RÉPONSE DE LA COMMISSION :

« La Commission confirme qu’aucune recherche n’a été menée dans ce domaine de l’eau solide pourtant prometteur. Elle rappelle la lourdeur du système européen de recherche qui ralentit toujours un peu plus les avancées technologiques. Il faudra peut-être attendre que d’autres États développent cette technologie pour que l’Europe, toujours à la traîne, s’y intéresse enfin… »